Marilyn S.

L’itinérance


Maintenant, elle se traite avec respect

Bonjour ! Je veux remercier la Vigne de me permettre de partager mon vécu comme itinérante. À l’âge de 33 ans, j’ai emménagé chez ma mère comme dépannage, mais il faut dire que j’avais un lourd passé d’alcoolique. À plusieurs reprises, je faisais des réunions AA, cela me gardait sobre, un jour, une semaine, un mois, une année. Mais mon réel problème, c’est que je me mettais toujours au défi, en continuant de sortir dans les bars ; j’y allais, mais je buvais des boissons énergisantes. Bien sûr, la tentation est devenue trop forte. Je voulais tout expérimenter, alors j’ai bu et j’ai essayé la drogue. Je voulais faire comme les autres et faire partie de la bande. Insidieusement, la maladie s’est présentée et cela m’a emmenée en enfer.

Ça coûtait cher, j’ai délaissé les bars pour traîner dans les rues. Je vidais les poches de mes parents, mentant, harcelant, jusqu’à ce qu’ils plient pour me donner de l’argent. Mais comme on dit, à un moment donné, il n’y en avait plus. Alors, je me suis mise à quêter les passants pour me procurer ce qu’il fallait pour consommer. Je ne me préoccupais pas des maladies, je me pensais invincible et je me disais que cela ne pouvait pas m’arriver. Peu à peu, j’en voulais toujours davantage, alors je suis tombée dans la prostitution. Mais là, le pire m’est arrivé, j’ai commencé à entendre des voix et j’avais des hallucinations quand je consommais. J’étais au bord de la schizophrénie. Après mes cuites, cela prenait deux ou trois jours pour que mon esprit se replace. J’ai eu peur d’avoir ce problème de façon permanente, alors l’année passée, j’ai essayé d’arrêter. Deux mois sont passés, je croyais enfin que j’étais guérie, mais malheureusement on m’a diagnostiqué le VIH. J’ai fait une grosse rechute, je me suis mise à quêter dans les métros, certains me disaient des choses comme : « Tu pues, vas te laver, trouves de l’aide. » Certains m’ignoraient, d’autres me donnaient de l’argent. Je racontais une histoire différente à chaque fois, je m’apitoyais sur mon sort et j’étais misérable.

J’étais donc devenue hypothéquée, il fallait que j’arrête la prostitution, l’alcool, la drogue et que je me soigne. C’était devenu un casse-tête. Je peux dire que j’étais démolie dans tous les sens du terme. Je souffrais d’un grand vide, d’un mal à l’âme et je gelais ma peine. Mais un jour, j’ai fait une dose excessive plus forte que celle que je faisais fréquemment. J’ai eu vraiment peur pour ma vie. C’est alors que je me suis questionnée : « Voulais-je vivre ou mourir ? » Je voulais vivre, c’était certain, alors j’ai demandé de l’aide et quand je suis arrivée à la maison, je me suis promis de ne plus consommer. Je me suis promis de me battre pour mes rêves, dont celui d’avoir une vie normale. J’ai fait mon sevrage accompagné d’intervenants et de membres AA. Certains sont demeurés mes amis.

Maintenant, je vis un jour à la fois, j’essaie de me traiter avec respect et je me protège. Je n’essaie plus d’être la superfemme, mais juste moi. J’ai une meilleure santé, je ne suis plus détectable au niveau du VIH, je ne peux plus le transmettre. Je prends soin de moi. J’ai plusieurs projets au niveau de l’écriture, cela m’aide à extérioriser mes émotions. J’ai aussi un conjoint, cela m’a amené un peu de stabilité et il a été d’un grand soutien.

Maintenant, je vis un jour à la fois, j’essaie de me traiter avec respect et je me protège. Je n’essaie plus d’être la superfemme, mais juste moi. J’ai une meilleure santé, je ne suis plus détectable au niveau du VIH, je ne peux plus le transmettre. Je prends soin de moi. J’ai plusieurs projets au niveau de l’écriture, cela m’aide à extérioriser mes émotions. J’ai aussi un conjoint, cela m’a amené un peu de stabilité et il a été d’un grand soutien.

Comme on dit : « J’avais besoin d’une grosse équipe pour me relever de mes années de malheur. » J’ai eu beaucoup du support d’Alcooliques anonymes, et ce que je peux dire, c’est que tu es toujours le bienvenu. C’est bon de voir des gens te sourire et écouter ce que tu as à dire. Dans la rue, c’était chacun pour soi, et surtout, personne ne pouvait parler ; pourtant, la parole libère, peu importe qui tu es et ce que tu as vécu. À ceux qui ne voient plus d’espoir, je dis : « Revenez, ça marche ! »

Marilyn S., Longueuil